L’infini voyage

anne theunissen

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Chapitre premier

Ses sandales en plastique bleu lui collent aux pieds. Une succession de petites adhérences, qui se font et se défont au rythme des pas. Ça chauffe son épiderme, forme des rougeurs et des ampoules. Ça cloque et ça claque. Ça frotte, ça pince. Et puis ça glisse aussi.

En tout cas, ça lui fait mal.

 

Il en a plein les sandales de cette route qui continue encore et toujours.

Au bord, il n'y a pas un banc, pas une souche. Alors, il marche, encore et toujours.

Les rares herbes sont courbés par le vent. Lui est courbé par son propre poids, le poids de ses épaules, trop larges pour le reste de son corps, dépassant les contours de sa silhouette supposée.

Elle est bancale, sa silouhette. Elle penche vers le devant tout le temps, même quand il est assis. Et puis elle penche, de droite, de gauche. Selon la cadence de la marche, la qualité du sol, la courbe du bitume. Dans les descentes, elle oscille un peu plus, si bien que son nez regarde ses orteils.

Eux, ils sont coincés dans les trous des sandales.

Ça lui fait mal. Alors il grimace. Il râle.Il bougonne dans sa moustache. Il n'a pas de moustache, mais il bougonne quand même. Il bougonne dans l'air, au ciel, aux oiseaux.

Ses ailes à lui pendouillent le long de son grand corps. Cela lui fait une drôle de carrure avec cette tête posée telle quelle dessus. Un étrange oiseau qui n'a pas de cou. Avec aussi des cuisses musclées mais de maigres mollets. Des jambes nues, poilues, genoux secs et peau marbrée.

C'est un grand rapace mou, cloué au sol et condamné à la marche qui poursuit péniblement mais obstinément son voyage en solitaire. Son voyage vers l'horizon mouvant. 

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