Journal de Résidence au Rwanda-J1

Marc Soriano

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J1 – Voir Kigali 

Ici tout est colline. On monte et descend par un grand serpent de route, surveillée parfois par des hommes en uniformes plus ou moins impressionnants selon les endroits (du gardien en casquette, somnolant, assis sous un parasol publicitaire, au militaire en faction, doigt sur la gâchette de son M16) .  Difficile de s’y perdre, dans cette ville de campagne, comme poussée au milieu des arbres et de la verdure, car la rivière d'asphalte n’est jamais bien loin .

 

A peine arrivé, je sympathise avec un Kigalois (qui n’a rien d’un Gallois, sauf la bière), fier de sa ville. « Je vais te montrer Kigali » qu’il a dit. Bon. A Nice surtout, mais aussi à Paris, on se promène. Ici on roule. Sur le bitume donc. Mais aussi les pavés, oui oui, comme à Roubaix.  Donc nous roulons et atteignons le sommet d’une colline. Sur une grande terrasse, nous buvons des bières locales plutôt allemandes en contemplant le panorama. Autour de nous, il y a plein de tables où les gens se marient à droite à gauche. Le garçon me demande : « chaude ou froide, la bière ? » « De la bière chaude ? » m’étranglè-je « vous êtes sérieux ? ». Il me regarde, inquiet, et disparaît. Mon ami Kigalois sourit. Le serveur revient avec deux bouteilles, il me tend la « chaude », à température,  puis la froide, sortie du frigo. Je fais «  Ah d’accord » et ils se moquent de moi, les Kigalois. « Froide bien sûr » dis-je, « il fait chaud ! ». Me montrant la colline dominée par ce qui doit être un stade, mon ami me dit « alors, c’est beau, non ? c’est Remera, qu’on voit en face, là bas ». « C’est pas Kigali ? », « Si, on est  à Kigali, mais ça c’est c’est Remera. C’est beau, mais il y a encore mieux, tu vas voir ».

On reprend la voiture, et nous voilà sur un autre belvédère, au pied d’une petite tour-hôtel, servis par du personnel en gilet. Toujours de la bière, mais avec des brochettes de chèvre, une spécialité. «  Alors ça te plaît, t’as vu c’est beau, non ? ». Et je regarde le coteau d’en face avec ces maisons beiges empilées dans le vert des arbres, avec en haut un grand immeuble, la City Tower. « C’est chouette », je dis. «Ça te plaît, c’est Kiyovu ! » « Mais c’est pas Kigali ? » . Indécrottable. Le manège recommence…, nous voguons de collines en collines, et chaque fois nous voyons quelque chose qui semble être Kigali. Et nous buvons et rions sur les collines.

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