GPS chroniques (2)

Julien Lecomte

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Saynète 2 : la nausée de Gean-Paul Sartre (GPS)

C’est un dimanche matin. Tôt. Je dois me rendre à la gare Montparnasse depuis mon domicile d’alors, en banlieue ouest à Vélizy. Je fais appel à un taxi. C’est un très beau matin de juin. Je m’attends à effectuer un trajet similaire à celui qu’il m’arrive de suivre pour me rendre à cette gare, avec peut-être quelques astuces du chauffeur à retenir pour les utiliser plus tard. Le trafic est très peu dense.

 

Tout est calme, doucement ensoleillé. Nous y serons rapidement. Je me réjouis à l’avance de cette course anticipée en toute en fluidité, tranquillement installé à l’arrière d’une grosse berline germanique. J’espère qu’à cette heure-ci Paris sera bien visible depuis le haut de la côte de la N118 à Meudon, et non noyé sous son habituel nuage de pollution.

Nous démarrons. Rapidement je m’aperçois que le taxi ne se dirige pas du tout vers l’A86 mais s’engage en direction de Chaville. Puis il coupe à travers les bois de Meudon par les voies des anciennes étoiles forestières et finalement débouche sur la N118, plus en aval. Bon, pourquoi pas ? Il roule vite. L’heure n’est pas à la promenade, mais après tout ce n’est pas son boulot. Ensuite il reprend le trajet que j’utilise moi aussi pour franchir la Seine sur le Pont-de-Sèvres et traverser Boulogne-Billancourt. Après, je perds le fil. Vers la porte de Saint-Cloud, il s’engage dans des rues étroites, ne longe pas les quais de Seine, s’enfonce dans l’épaisseur du tissu urbain parisien. Les rues sont vides. Le trajet est heurté car il mène toujours sa Benz à un train d’enfer, profitant de la quasi-inexistence du trafic. Feu rouge : freinage sec ; feu vert : démarrage brusque ; accélérations franches ; virages serrés. J’essaye de visualiser les noms des rues sur les plaques, entre deux tangages. Je perds tout repère. Nous croisons des grands axes qu’il délaisse tout autant, zigzague, cahote. Bref cela arrive vite : j’ai le mal de voiture. Enfin nous arrivons à destination. Ouf. Vite de l’air ! Je me reprends un peu. Je règle la course et demande le reçu. Le train ne partira que dans vingt bonnes minutes et j’ai déjà mon billet. Je dis au chauffeur que je ne comprends pas bien le trajet qu’il a pris. Pourquoi délaisser les grands axes directs alors que le trafic est si calme ? Je lui glisse au passage que j’aurais trouvé cela bien plus confortable que d’être ballotté dans toutes ces petites rues.

Le chauffeur me désigne alors un écran intégré sur la console de son tableau de bord. Je n’y avais pas prêté attention. « C’est le GPS qui a calculé le trajet le plus court, Monsieur ». Je prends très peu le taxi. C’était la première fois que j’avais le droit à une course assistée par GPS. Le trajet le plus court… Mon petit-déjeûner, lui, a bien failli choisir le sien vers la sortie ce jour-là.

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