CHOISIR DE VIVRE SEUL

Anne Theunissen

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Et si rechercher l’âme sœur n’était pas une quête universelle ? Et si l’on décidait qu’elle n’était pas obligatoire ? Non pas parce que l’on considère que la quête est vaine mais parce que l’on estime qu’elle n’est pas forcément nécessaire à notre équilibre. Et même que d’éviter d’y jeter toutes ses forces garantirait justement celui-ci. Alors on fait le choix de vivre seul.

 

Ma famille c’est moi-même. Moi et moi, moi et mon sur-moi, mon sous-moi, mon devant moi, mon derrière moi, mon mi- moi, mon et-moi. J’enlève le « tié » de moi. Je ne garde que trois lettres pour me définir, me contenter et me tenir chaud. Je m’arrange avec moi-même, je m’auto-interroge et je m’auto-réponds. Je m’ai toujours sous la main, c’est bien pratique.

Une famille monocellulaire, dont le noyau est le nombril. Une famille au membre unique. Une famille qui se suffirait à elle-même ?

Ce choix de vie solitaire est celui que font de plus en plus de femmes et d’homme à travers le monde.

En effet, depuis 50 ans, certaines personnes décident de vivre seul, ce sont des « singleton ». La propagation de ce mode de vie « en solo » constitue une expérience de transformation sociale à grande échelle.Cela a un impact sur la conception de l’espace urbain, les services à la personne. Cela influe sur la manière que l’on a de grandir, de vivre et de mourir. Cela se ressent sur le groupe social et la famille.

Cette tendance est liée au développement économique et à la question de la sécurité matérielle.

A partir de la seconde moitié du 20ème siècle, on observe quatre changements sociaux majeurs qui bouleversent en profondeur les sociétés industrielles.

Il y a d’abord la reconnaissance du droit des femmes. Dans la plupart des pays industrialisés les femmes sont émancipées, et, si elles étaient considérées comme des vielles filles autrefois, elles sont aujourd’hui des célibataires qui s’assument.

Il y a aussi l’essor des moyens de communication car grâce aux outils modernes on peut goûter aux plaisirs de la vie sociale sans sortir de chez soi. Internet combine solitude et connexion, absence de contact physique et profusion relationnelle.

Il y a encore l’urbanisation car Il y a une vie sociale offerte par la ville ; le regroupement d’individu en fonction de valeur, de goût et de mode de vie.

Il y a enfin l’accroissement de l’espérance de vie.

Tout cela est propice au déferlement de l’individualisme et de la vie en solitaire.

Les pays les plus « favorable »à ce mode de vie sont les pays nordiques d’Europe. En Suède, Norvège, Finlande ou au Danemark cela concerne 40 à 45% des foyers. Au Japon c’est 30%. En Allemagne, France, Royaume-Uni et au Canada le phénomène est plus répandu qu’aux Etats-Unis. C’est en Chine, au Brésil et en Inde qu’il progresse le plus.

Ils étaient 153 millions en 1996 et 202 millions en 2006.

Par ailleurs, vivre seul laisse du temps et de l’espace pour la compagnie des autres.

On peut faire ce que l’on veut, quand on veut, comme on veut. On se concentre alors sur soi .On est libéré de l’obligation de prendre en compte les besoins et les envies des autres, au détriment des siennes.

Eric Klinensky (sociologue à l’université de New-York) dit : "peu importe que les gens choisissent de vivre seul, ce qui compte c’est qu’ils ne se sentent pas isolé."

Source: Le monde des singletons, le Monde diplomatique, Eric Klineberg, mars ,2013

crédit photo: Chris Zielecki

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